13 Février 2012
C'est la complainte à la mode en ce moment : " Si Marine Le Pen n'a pas ses 500 signatures, c'est un déni de démocratie et ceux qui lui on fait obstacle le paieront dans les urnes... "
Avant de répondre précisément à cette affirmation, il est bon de rappeler l'utilité des fameuses 500 signatures pour l'élection présidentielle. Depuis l'origine de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, il a semblé important de filtrer les candidatures "farfelues" par l'obligation d'obtenir le parrainage d'un certain nombre élus de la République, c'est-à-dire les maires, les députés, les sénateurs, les parlementaires européens, les conseillers régionaux et généraux ce qui représente un potentiel de 47 000 signataires. Il est donc tout d'abord surprenant qu'une telle "force politique" soutenue par une "large proportions de citoyens" ne puissent réussir à rassembler 500 signatures...
Alors certes, nous pouvons arguer que les maires, les principaux titulaires du pouvoir de parrainer, subissent une double pression : la pression des administrés et la pressions des autres élus. La publication des noms des signataires font craindre aux maires soit des sanctions de leurs électeurs soit des pressions des grands partis qui détiennent souvent le pouvoir exécutif dans les grandes collectivité et la plupart des intercommunalités. Par conséquent, une partie de plus en plus importante des maires de communes rurales qui sont dans leur immense majorité sans étiquette et étrangers aux joutes partisanes refuse de parrainer qui que ce soit. Cet état de fait rend la collecte de signature de plus en plus difficile pour les "petits candidats", c'est-à-dire ceux qui n’appartiennent pas à une famille d'élus importante.
Sur ce simple constat, nous pouvons donc faire sienne là revendication de plusieurs candidats en difficulté de rendre anonyme le parrainage pour lever tout risque de pression sur les signataires. Cependant, même si cette demande peut paraître légitime, il parait inopportun de changer les règles du jeu aussi près des échéances pour la convenance de quelques-uns. De plus, qu'elle soit émise d'une candidate qui veut le renforcement de l'autorité de l'Etat et le strict respect des règles ferait presque penser à de la schizophrénie.
Mais la facilité avec laquelle la responsabilité de tous les problèmes est rejeté sur l'extérieur est symptomatique de cette formation politique : " nous ne sommes jamais responsables de nos actes, tout est toujours de la faute de l'autre." En effet, pourquoi personne ne se demande aujourd'hui si ce n'est pas justement le bilan du lepennisme qui complique la récolte de ces 500 signatures ? Le passif de Jean-Marie Le Pen est éloquent : ses valeurs, sa volonté de provocation et d'opposition systématique à fait que, par exemple, le nombre d'élus du Front National est bien en-dessous de ce que que pourrait promettre son potentiel électoral.
Marine Le Pen n'est pas non plus exempt de reproches. Dans la ligné des pratiques de son père, sa prise de pouvoir au sein du Parti s'est accompagnée d'un "ménage" qui a permis d'écarter certains cadres comme Bruno Gollnisch. Sauf que, hasard des choses, ces mêmes personnes étaient responsables de la collecte des signatures lors des précédentes échéances présidentielles... Alors qu'en 2007, son prédécesseur avait collecté péniblement 507 signatures, pouvait-elle se permettre de se dispenser d'une telle expérience ?